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Les 8 livres féministes qui font le printemps

Femme lisant des un livre au milieu de deux piles de livres

Le cœur de la littérature française bat à l’unisson deux fois par an. En septembre puis en janvier, des tonnes de pages viennent s’échouer sur les étals des librairies. Des centaines de livres qui attendent d’être adoptés, annotés et peut-être prêtés. Cette année toutefois, il a fallu compter sur un autre rendez-vous. Autour du 8 mars, les ouvrages féministes ont afflué sur terre comme une pluie de météorites. Des essais politiques sur le corps, des textes collectifs, des romans féministes… On aurait voulu tout dévorer tant ses approches nous semblent essentielles, utiles à notre propre construction. Les femmes qui lisent sont-elles dangereuses ? Assurément ! Ces lectures nous aident à observer et comprendre le monde, à faire évoluer notre féminisme à la lumière du savoir d’autres féministes, elles nous aident à grandir. 
Voici une sélection non exhaustive des livres (essais, romans, bande dessinée…) qui nous ont plu ces dernières semaines. De quoi occuper vos longues soirées de couvre-feu. 


La Terreur féministe,
Petit éloge du féminisme extrémiste

Irene 
ESSAI – “Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours.” Professée par Benoîte Groult, cette maxime est devenue l’une des favorites des militantes féministes. Elle est pourtant loin d’être véridique, nous apprend Irene (prononcer “Iréné”), qui signe aux éditions Divergences La terreur féministe, un essai vif et éclairant sur la violence au féminin. En 120 pages aussi concises qu’instructives, la jeune activiste convoque les figures de Lisbeth Salander de la saga Millenium, de sa grand-mère Ita, des suffragettes britanniques ou encore de Valerie Solanas, l’autrice de l’explosif Scum Manifesto, pour interroger sur la nécessaire dimension violente du féminisme. Et dresse aussi le portrait de celles qui ont tué pour survivre, comme Jacqueline Sauvage ou “Diana la Vengeresse”, qui a puni de mort des violeurs de Ciudad Juarez, au Mexique. À la violence machiste, systémique et oppressive, le féminisme oppose une violence subversive, légitime et émancipatrice, nous apprend Irene. Et participe à un projet politique qui ne peut se cantonner à des actions pacifistes : celui de renverser, une bonne fois pour toutes, le patriarcat. 

La Terreur féministe,
Petit éloge du féminisme extrémiste

Irene

Éd. Divergences
Sortie le 12 février

Féminisme Washing
Léa Lejeune

 
ESSAI – “Les essais et biographies féministes caracolent cette année en tête des ventes d’ouvrages de non-fiction, tous aussi divers que palpitants. Pourtant quelque chose me frustre : le féminisme français continue de se focaliser sur l’intime.” L’avant-propos de Féminisme Washing vise droit dans le mille. Bien sûr, “pour les femmes, l’intime est politique”, pourtant la question économique reste essentielle et notamment la manière dont les entreprises utilisent le féminisme pour servir leurs propres intérêts. Dans un essai passionnant, Léa Lejeune, journaliste chez Challenges, analyse les rouages du féminisme washing (en politique comme dans la pub) et démontre, chiffres à l’appui, comment il s’est insinué dans les moindres interstices et comment, nous, consommatrices, nous nous faisons bernées en croyant bien faire. On ne va pas vous mentir, ça pique un peu et ça ne se binge pas en une soirée. Prenez plutôt un crayon et des post-its, vous allez vouloir souligner puis apprendre certains passages par cœur. Une féministe avertie en vaut deux !  

Féminisme Washing
Léa Lejeune

Éd. Du Seuil
Sortie le 3 mars 

Herstory
Marie Kirschen & Anna Wanda Gogusey 

DICO – Qu’est-ce que le gaslighting ? Comment le mouvement #NiUnaMenos est-il né ? Pourquoi Buffy est-elle une icône féministe ? Dans Herstory, la journaliste Marie Kirschen et l’illustratrice Anna Wanda Gogusey reviennent sur les 70 termes qui construisent l’histoire des féminismes, de A pour Adelphité à W pour Wonder Woman. On y croise Sojourner Truth, on y apprend la naissance des Gouines rouges, on comprend enfin La Pensée straight (avouez que Monique Wittig, c’est pas toujours très simple) et on note une foule de livres à lire et de musiques à écouter au passage. Érudit sans être chiant, bourré de références, Herstory se picore à l’envi, d’une entrée à l’autre. Un subtile mélange de pop culture, d’histoire et de sociologie écrit avec une plume limpide et illustré non sans humour. C’est drôle et intelligent, profondément utile. 
Un ouvrage encyclopédique qui saura vous parler, que vous ayez 2/20 en féminisme ou que vous soyez au premier rang à chaque épisode de « Quoi de meuf ». 

Herstory
Marie Kirschen & Anna Wanda Gogusey

Éd. La Ville brûle
Sortie le 5 mars 

Un texte Une femme
Sarah Sauquet 

ANTHOLOGIE – Vous souhaitez attaquer le mont “matrimoine” mais vous n’avez pas le courage de l’attaquer par la face nord ? Par où commencer ? Pour débroussailler le terrain et pour y aller à votre rythme, nous vous conseillons chaudement le livre Un texte une femme de Sarah Sauquet sorti en mars dernier. Chaque jour de l’année, prenez cinq minutes pour découvrir le texte d’une autrice. La prescription offerte par Sarah Sauquet : un texte d’autrice avec le café du petit déjeuner.
Son livre nous fait traverser les époques, de la poétesse antique Sappho aux Mémoires de la politique Manon Roland sur sa captivité pendant la Révolution, à la philosophesse Simone Weil, hésitant devant le baptême.
Et si Sarah Sauquet vous a donné envie d’en savoir plus sur telle ou telle écrivaine ou militante, pari réussi ! Un beau livre qui donne de la visibilité à des femmes trop souvent mises sous le tapis de l’histoire. Pour compléter l’expérience, rendez-vous sur l’application “Un texte, une femme”, dont est tiré le livre.


Retrouvez l’interview de Sarah Sauquet ici
Un texte Une femme
La littérature au féminin en 365 jours

Sarah Sauquet

Éd. LibriSphaera
Sortie le 8 mars 

Les Femmes aussi sont du voyage,
L’émancipation par le départ

Lucie Azema

ESSAI – Lorsque l’on songe à la figure de l’aventurier, ce sont d’abord des noms d’hommes qui nous viennent à l’esprit. Sylvain Tesson, Jack Kerouac, peut-être Phileas Fogg. Et bien sûr Ulysse, qui a parcouru le monde pendant que Pénélope attendait son retour, tissant et détissant infiniment son ouvrage. Des femmes aussi, pourtant, ont été d’infatigables globe-trotteuses, s’affranchissant des frontières du foyer pour vivre le grand frisson de l’exploration. C’est ce que montre brillamment Lucie Azema dans Les femmes aussi sont du voyage. Dans cet essai fourmillant de références, la journaliste – elle-même grande voyageuse – détricote les mythes fondateurs de l’aventurier. De l’exaltation des qualités “viriles” du baroudeur au regard colonial que portent les écrivains-voyageurs sur les terres qu’ils explorent, sans oublier la fétichisation des femmes vivant à l’autre bout du monde, l’autrice prouve que les récits de voyages ne sont pas épargnés par le male gaze. Et propose un autre regard, en interrogeant par exemple le lien entre voyage et maternité, pour que les femmes, elles aussi, n’aient plus peur de partir, sac sur le dos, à la découverte de nouvelles contrées.

Les femmes aussi sont du voyage,
L’émancipation par le départ

Lucie Azema

Éd. Flammarion
Sortie le 10 mars
 

Chez toi
Sandrine Martin

  BANDE DESSINÉE –  Après un long périple depuis la Syrie, Mona et Suleiman arrivent en Grèce. Le voyage a été long et dangereux. Et il n’est pas fini : ce n’est qu’une étape avant une vie meilleure à Berlin. Nous sommes à Athènes en 2016, l’ancien aéroport Hellenikon a été aménagé en camp pour migrants et Mona est enceinte. C’est dans un parcours de soin compliqué qu’elle rencontre Monika, une sage-femme grecque, perdue dans son couple mais bien décidée à aider sa nouvelle amie. Pour écrire et dessiner Chez toi, Sandrine Martin s’est inspirée d’une étude anthropologique menée par la chercheuse Vanessa Grotti et consacrée aux relations entre femmes enceintes migrantes et personnel médical. Le résultat – raconté en 200 pages et à l’aide d’une boîte de crayons de couleur –  est d’une grande délicatesse. Une ode à la sororité qui n’hésite pas à dénoncer le peu de moyens des pays d’accueil et les violences obstétricales que subissent les femmes sur place. 

Chez toi
Sandrine Martin

Éd. Casterman
Sortie le 31 mars 

Sororité
collectif dirigé par Chloé Delaume

ESSAI – “Un rapport de femme à femme, indéfectible et solidaire.” Entré dans le vocabulaire du féminisme avec perte et fracas, le terme de “sororité” se retrouve désormais partout. Il est devenu une pierre angulaire du féminisme. Mais qu’est-ce vraiment que le lien sororal ? Comment les femmes le racontent-elles ? Le vivent-elles ? Dans un court – mais essentiel – ouvrage collectif, l’autrice Chloé Delaume a proposé à quatorze femmes (des chanteuses, des journalistes, des femmes politiques) de raconter leur vision de la sororité. Alice Coffin invite des femmes qui avaient pris position contre elle l’été dernier (Anne Hidalgo, Sonia Mabrouk) à discuter de “la solidarité féminine”. Ovidie dissèque avec fougue les paroles de la chanson “À cause des garçons” (1987) et démonte en passant le triste syndrome de la schtroumpfette.

Quant à la formidable Lola Lafon, elle raconte le lien qui l’unit aux femmes du Collectif féministe contre le viol. Un texte d’une dizaine de pages que l’on lit en apnée. On y trouve aussi le témoignage de Kiyémis, l’analyse pleine de bon sens de Lauren Bastide, la démonstration impeccable d’Estelle-Sarah Bulle et bien d’autres. Une œuvre chorale qui parle (presque) à l’unisson. 

Les éditions Points ont lancé en avril une collection de livres féministes en format poche, dont Sororité fait partie. Des livres à la couverture violette qui ont pour mission de “porter des nouvelles voix” et de publier à un prix accessible les classiques des pensées féministes. Parmi les premières ouvrages édités dans cette collection on retrouve trois coups de coeur de la rédaction : Le Regard féminin d’Iris Brey, Le Sexe selon Maïa de Maïa Mazaurette et Testo junkie de Paul B. Preciado. 

Sororité
Chloé Delaume (collectif)

Éd. Points
Sortie le 8 avril

Les Règles du jeu
Lucie Ronfaut-Hazard

ROMAN – Les romans féministes ne courent pas les rues, ceux dans lesquelles les héroïnes ne sont pas exclusivement aux prises avec des histoires d’amour hétérosexuelles non plus. Dans le paysage littéraire, Les Règles du jeu fait donc figure d’intrus, et c’est tant mieux. Lucie Ronfaut-Hazard s’extirpe de cette lignée littéraire pour créer avec ce premier roman, un récit dans lequel quatre femmes très différentes tentent de conquérir le monde avec une app sur le cycle menstruel. C’est forcément un peu tech (Lucie est aussi l’autrice de la formidable newsletter Règle30), volontairement inclusif et pas toujours très joyeux. Si les aventures de ce quatuor nous prennent dès les premières pages, c’est assurément les réflexions féministes qui égrènent le livre qui nous ont le plus plu. Il est question du corps des femmes, de la parité dans l’industrie, de la figure de la girl boss ou encore du wokisme.  

Les Règles du jeu
Lucie Ronfaut-Hazard

Éd. La Ville Brûle
Sortie le 30 avril

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C'est tout bon, on se retrouve tru00e8s vite !

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