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« Ces textes nous poussent à nous interroger sur notre liberté et notre statut de femme »

L'autrice Sarah Sauquet par @Scander Aidoudi

Vous souhaitez attaquer le mont “matrimoine” mais vous n’avez pas le courage de l’attaquer par la face nord ? Par où commencer ? Sorocité vous conseille chaudement le dernier livre de Sarah Sauquet Un texte Une femme, La littérature au féminin en 365 jours, paru chez LibriSphaera. L’autrice nous explique son projet.

L'autrice Sarah Sauquet par @Scander Aidoudi
@Scander Aidoudi

De quel constat êtes-vous partie pour décider de vous lancer dans l’application Un texte Une femme et dans la publication de ce livre ?

Sarah Sauquet : En 2019, j’ai publié un dictionnaire des prénoms littéraires, Un prénom de héros et d’héroïne, sur lequel j’ai travaillé une année durant. Au cours de cette année de recherches et d’écriture, j’ai pu constater que nombreuses étaient les héroïnes littéraires à ne pas avoir de prénom, et ceci était plus troublant encore quand les ouvrages avaient été écrits par des femmes. Tout ceci m’a conduit naturellement à m’interroger sur l’invisibilisation des femmes en littérature, et après avoir fini ce livre, j’ai proposé à ma maman Dominique, ingénieure avec laquelle j’avais déjà réalisé six applications littéraires, d’en faire une nouvelle, uniquement consacrée aux écrits féminins.

Pourquoi avoir choisi ce format d’un petit texte par jour ? À qui s’adresse ce livre ?

Le temps dédié à la lecture au sein de nos journées peut être réduit. Proposer un texte court mais dense, de qualité, qui pourra accompagner une journée, et nourrir une réflexion, me semblait vraiment intéressant et propice à faire découvrir des thèmes et textes variés.

Ce livre s’adresse aux femmes comme aux hommes, mais aussi et avant tout à la jeunesse, parce qu’il met en avant des femmes qui peuvent devenir de véritables modèles et sources d’inspiration. J’ai tenté d’y montrer que l’érudition, la création, le militantisme ou l’attention portée aux autres, sont de formidables façons d’être au monde.

Quelles autrices aimez-vous le plus mettre en avant ?

Je souhaitais mettre en avant des femmes de lettres, des poétesses, des romancières, ou des épistolières, mais surtout des autrices au sens large, c’est-à-dire des femmes ayant laissé une trace écrite. Je ne voulais pas d’un livre purement littéraire, j’ai donc tout de suite cherché des profils divers et variés. J’ai adoré pouvoir mettre en avant des femmes expertes dans une discipline, qu’il s’agisse de sages-femmes comme Louise Bourgeois ou Angélique du Coudray, de féministes comme Adrienne Avril de Sainte-Croix ou Madeleine Pelletier ou de journalistes comme Séverine (Caroline Rémy). Ayant un tempérament et un parcours de chercheuse, je suis très émue par ces femmes, qui développent une réflexion dans des domaines bien précis, mais qui sont souvent injustement méconnues.

Parce que je suis très attachée à la francophonie et au regard décentré qu’elle suscite, j’ai également veillé à proposer des textes de femmes issues du monde francophone, de Tahiti au Québec, en passant par la Suisse.

Les textes que vous avez choisis sont toujours pertinents, modernes et très agréables à découvrir. Comment les avez-vous choisis ? Cela a dû être un travail de titane pour les choix des autrices mais aussi la remise dans le contexte.

Pour des raisons de droits d’auteur, je n’ai fait figurer que des textes d’autrices tombés dans le domaine public. À l’exception des femmes de lettres, ou femmes célèbres que je connaissais déjà, j’ai fait des recherches de manière très systématique en faisant des listes de femmes (listes de femmes scientifiques, listes de sages-femmes, liste de femmes artistes, activistes, etc) et en cherchant si elles avaient écrit. J’ai ensuite cherché, dans leurs œuvres accessibles, des textes qui étaient à la fois engagés, pertinents, actuels ou tout simplement instructifs.

Certains textes abordent, explicitement, des thématiques féministes très contemporaines et actuelles comme le harcèlement de rue, l’avortement, l’allaitement, les féminicides ou les violences contre les femmes. D’autres textes nous poussent à nous interroger sur notre liberté et notre statut en tant que femme. Cette réflexion, plus indirecte, se fait souvent à travers des œuvres littéraires qui ont pour thèmes la liberté, l’émancipation ou l’accomplissement.

J’ai mis un point d’honneur à ne pas piller d’anthologies déjà existantes, à ne pas m’attribuer un travail de recherches qui n’aurait pas été le mien. Ce fut effectivement un travail de titane, par exemple pour comprendre et restituer les enjeux historiques d’une lettre de Jeanne d’Arc aux habitants de Tournai ou d’une missive de la reine tahitienne Pōmare IV ! Mais je n’en suis pas à mon premier livre et j’aime me plonger dans un sujet.

Tous ces textes sont-ils publiés ? Où peut-on les trouver si l’on souhaite aller plus loin ?

Gallica, le site de la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France, est devenu mon premier moteur de recherches : les œuvres qui ne sont pas publiées y sont accessibles, en intégralité. Mais il faut savoir que certains textes sont écrits dans la graphie et l’orthographe de leur époque, et donc parfois difficiles à déchiffrer.

Est-ce que les autrices de manière générale sont en voie de désinvisibilisation ? Le regard du public sur les autrices change-t-il ?

J’ai le sentiment que les femmes et autrices mettent tout en œuvre pour que ce regard évolue. Les autrices veulent faire entendre leur voix, sont solidaires entre elles. Les passeurs et témoins que sont les médias féministes ou initiatives comme Autrices invisibilisées, Georgette Sand ou Le deuxième texte sont vigilants, ils ne veulent plus rien laisser passer quant à l’invisibilisation des femmes. L’emploi du mot « autrice » se généralise doucement mais sûrement, le terme de « sororité » ne me semble en rien galvaudé et c’est une très bonne chose.

Sur le plan institutionnel, les choses bougent malheureusement plus lentement, comme en témoigne ce consternant programme pour l’agrégation de lettres modernes de 2022. Le combat est loin d’être gagné, à nous de ne pas baisser la garde.

Sarah Sauquet, Un texte Une femme, La littérature au féminin en 365 jours, LibriSphaera, 8 mars 2021, 920 pages, 35 euros

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