Accouchement difficile, sentiment d’abandon, dépression… Sujet encore très tabou dans notre société, l’après-accouchement peut bien souvent être source de souffrance et de désarroi pour les jeunes mamans. Vous avez été nombreuses à nous confier comment vous avez vécu votre post-partum.

Amélie, 31 ans

“Je suis contente que ce sujet soit plus visible car j’ai vécu trois post-partum difficiles et je n’avais pas pu mettre de mots sur ce que je vivais. J’ai perdu mon premier enfant. Avec la douleur, l’enfer de la mort de mon enfant s’ajoutait l’invisibilité, le déni de mon statut de mère. J’avais les douleurs du post-partum, tout ce que cela implique pour un corps de femme, sans pouvoir en parler à ma famille ou mes amies. Heureusement j’ai eu la chance de contacter à ce moment là une merveilleuse sage sage-femme. C’est la seule avec mon mari pour qui j’avais un corps qui venait d’accoucher.

J’ai eu la chance d’avoir deux autres enfants en bonne santé. Mais les retours à la maison ont été difficiles. Vous pouvez imaginer les peurs, les angoisses que nous avions. Là encore, zéro soutien de l’entourage, ils nous ont même tiré vers le bas. Et aucun suivi de mon HME (hôpital de la mère et de l’enfant), je n’ai vu aucun psychologue pendant mes grossesses ,ni après. Alors qu’il existe des structures compétentes. Nous avons cherché les ressources nous même auprès de la PMI et du service néo-natalité de notre ville.

Enfin, j’aimerais surtout envoyer un message à l’entourage. Non, ce n’est pas « normal » de pleurer pendant des heures après un accouchement. Non, ce n’est pas « normal » d’être seule avec son enfant pendant des mois. Non, ce n’est pas « normal » d’avoir mal. Et je ne veux pas entendre que cela fait des millénaires que l’on accouche. Comment faisaient les femmes avant ? Elles souffraient autant, mais se taisaient. C’est fini : maintenant, nous parlons !”


Flaurette, 31 ans

« Mon premier enfant est né avec une pathologie grave, qui le privait de son sens visuel. Cela a été détecté pendant mon séjour à la maternité. Je garde un souvenir terrible de mon premier post-partum, car en plus des mille bouleversements physiques et de la privation de sommeil, nous avons, avec mon compagnon, enchaîné les consultations et les opérations. J’ai rencontré des personnes extrêmement bienveillantes pendant mon parcours, comme ma gynécologue, qui m’a aidée à travailler sur ma culpabilité et ma détresse sans fond. D’un autre côté, j’ai, avec le recul, le sentiment d’avoir été abandonnée aussi, et d’avoir parfois été maltraitée. Je repense à la première opération de mon fils, qui avait alors un mois. Il devait être à jeun et l’opération a été décalée de plusieurs heures. Personne pour me proposer des bras, ou un tire-lait.

Ma fille, elle, est née entre les deux confinements. C’est une enfant lumineuse et très facile à vivre (une toute autre expérience de la maternité). Avec le contexte actuel, je suis séparée de ma famille et de mes amies, peu ont rencontré ma fille. J’ai repris le travail très vite. Le peu de temps libre que j’avais était consacré aux séances chez la pédiatre ou la sage-femme, pour la rééducation du périnée. J’étais plus armée pour affronter le ras-de-marée physique, mais j’aurais tellement voulu qu’on recueille ma parole. Cela a été difficile par exemple de reprendre les rapports sexuels (sentiment d’écoeurement, besoin de solitude et de réappropriation de mon corps). Pourtant, on me posait toujours la question. Mais jamais rien sur le moral, l’aspect psychologique. C’est vraiment un manque important dans le suivi des jeunes parents. J’ai très mal vécu aussi l’écartement systématique de mon compagnon, non autorisé à assister aux consultations et dernières échographies.

Erica, 35 ans

« Mon premier post-partum a été une découverte complète. Bébé opéré à deux reprises en l’espace de deux mois. Rien de grave, mais nous un gros travail pour gérer nos angoisses. Pour mon deuxième post-partum, une grosse partie du travail de fond était fait. Il ne restait plus qu’à l’incorporer dans notre famille… Nous avons fait un voyage de deux mois en van et c’était génial ! »

Florence, 36 ans

« Comparé au post-partum je trouve qu’on parle peu du « pré-partum ». J’ai eu des soucis en fin de grossesse et quand j’en parlais, on se cessait de me dire « l’important c’est que bébé aille bien ». D’accord… Mais, la maman, comment va-t-elle ? »

Lucile, 32 ans

J’ai accouché en plein confinement au mois d’avril 2020. Bien que nous ayons eu la « chance » d’être ensemble pour le déroulement de l’accouchement, mon mari a du partir sûrement 2 heures après et nous laisser seules, ma fille et moi à la maternité, et ce durant 5 jours… Sans visite. C’était absolument cruel.
D’autant que l’accouchement ne s’est pas idéalement passé et a terminé en césarienne d’urgence alors que notre projet de naissance était plutôt axé sur Lucile Gomez et les super pouvoirs de la femme qui accouche… Au terme de ces 5 jours interminables, il a fallut recoller les morceaux entre un papa désorienté, un nouveau né et une maman épuisée.

Suite à ma grossesse j’ai eu un diastasis bien gratiné qui m’a amenée à enchaîner les séances de kiné, 2 fois par semaine et ce pendant des mois (et ce n’est pas encore fini).
Donc un post-partum dur à gérer car avant tout physiquement très difficile pour ma part.

Kimberly, 35 ans

« Après mon accouchement, je n’ai pas eu la sensation d’être perdue dans l’inconnu. J’ai géré seule mon enfant quand mon mari est retourné travailler, même si j’ai souvent mangé froid, eu l’impression de ne faire qu’allaiter ou que me laver les cheveux était le truc le plus dingue de ma journée.

En fait, je m’attendais un peu à tout ça. Mais pas à faire une hémorragie pendant mon accouchement. Le personnel médical ne m’en avait jamais parlé. J’ai eu tellement peur, tellement mal, j’ai cru que je ne reverrai plus mon enfant alors qu’on venait « de se rencontrer ».

J’ai subi une révision utérine sans anesthésie, car je venais de manger après quasi 24h de travail. J’ai vraiment vécu ça comme une atteinte à mon corps déjà endolori par l’accouchement. Heureusement, l’hémorragie a été traitée à temps, mais il m’a fallu du temps pour m’en remettre physiquement et surtout psychologiquement. L’équipe médicale m’a d’emblée proposé un rendez-vous avec une psychologue, ce que j’ai apprécié car je crois bien que je n’y aurais pas pensé vu l’avalanche d’émotions et d’informations à traiter sur le moment. Il m’a fallu des mois pour parvenir à en parler sans pleurer.

Par la suite, j’ai réalisé qu’à aucun moment le mot hémorragie n’avait été prononcé à l’hôpital, ce qui m’a fait douter. Puis, une collègue m’a dit qu’elle avait demandé à obtenir son dossier médical suite à son accouchement. Du coup, j’ai demandé le mien. Je l’ai reçu le jour même de ma demande et j’ai vu, écrit noir sur blanc, le terme « hémorragie de la délivrance ». C’était important pour moi, car cela m’a aidée à clore cet épisode douloureux à plusieurs égards. C’est la première fois que je l’écris d’ailleurs. Je suis sereine désormais.

Camille

« Premier bébé première année on en prend plein la gueule« . Phrase clé de ma mère, qui m’a libérée lors de l’arrivée de notre premier fils. L’ambivalence tellement violente entre l’amour fou pour mon bébé et la souffrance de mon corps / le retrait de moi même. J’ai eu la chance d’être accompagnée par une sage femme merveilleuse et depuis moi aussi j’essaie de briser le tabou du post-partum. C’est vital de partager, d’aider et de verbaliser, ensemble.

Elgée

J’ai été lâchée totalement dans l’inconnu. J’ai pourtant été suivie par de super sages femmes tout au long de ma grossesse. Mais la question de la césarienne a été peu évoquée, tout comme le baby blues… J’ai reçu beaucoup de conseils concernant l’accouchement par voie basse et l’allaitement. Est-ce normal cette fatigue ? Et pourquoi j’ai l’impression de ne pas aimer immédiatement mon enfant ? Et la reprise de la sexualité ? Et mon intérieur qui n’est plus le même ? Et mon corps entier qui a changé ? Et les difficultés à perdre du poids ? Et les moments d’intense fatigue et de solitude ? Les douleurs dans tout le corps, les phrases du type « c’est pas grave la césarienne, le bébé et toi allez bien« . Aller bien après une césarienne d’urgence, après des heures interminables de contractions suite à un déclenchement, quand tu as prévu/rêvé pendant toute ta grossesse d’avoir un accouchement physiologique, c’est pas une évidence. Globalement le post-partum pour moi, ça a été un manque de considération général sur mon « état » (physique, moral, psycho), et l’impression de ne jamais faire assez, ni assez bien. C’est une période dont on pourrait vraiment profiter, mais on n’est pas assez épaulées.

Sophie

Mon premier post-partum a été difficile, bien que sans douleur physique. Mais je me suis sentie tellement seule, avec l’impression de n’avoir rien à faire (à part m’occuper de mon bébé bien sûr) mais aussi rien envie de faire, n’osant pas sortir… Mon compagnon ne comprenait rien et n’avait pas envie de comprendre. Il rentrait de plus en plus tard. Pour mon deuxième enfant, je m’étais mieux préparée : plats congelés préparés à l’avance, femme de ménage, une énorme pile de bouquins à lire et de podcast à écouter pendant que j’allaitais… Et surtout, c’était pendant le confinement, ce qui nous a offert en un congé paternité digne de ce nom. Par contre aucun rendez-vous avec ma sage femme avant quatre mois à cause de la pandémie… j’ai trouvé ça vraiment dur !

Sophie B

Pour le premier, j’ai été submergée par une vague d’angoisse et de peur. Je l’aimais comme jamais je n’ai aimé personne. Et en même temps, j’avais envie de retrouver mon ancienne vie. J’étais dans un état d’hypervigilance permanente, à n’en plus dormir et à bondir sur chacun de ses pleurs, alors que tout le monde autour de moi me disait que je faisais tout bien et que mon bébé allait bien. J’ai découvert que maternité rimait avec charge mentale renforcée, perte de liberté et de spontanéité.

Pour le deuxième je m’étais mieux préparée, mais la première année reste toujours très compliquée. On se sent seule et c’est difficile de passer le relais avec le poids des injonctions de la société qui pèse sur les mères. « Tout passe » est la phase que j’ai le plus entendue de la part de mères, mais aussi de professionnels de santé. A posteriori, je trouve qu’elle est vraie mais très dure aussi, car elle nous force à nier l’état dans lequel on est pendant cette période. Comme si la mère devait tout porter sur épaules et se sacrifier.

Jenn

Je suis encore dedans. Je me sens seule. Abandonnée. Incomprise. Je pleure. Et je repleure. Césarienne en urgence. Je me retrouve seule avec mes questions, mes douleurs, mon deuil de l’accouchement. Impossible de faire face à des médecins qui eux me rabâchent que j’ai été « opérée » ou encore que « bébé n’est pas né comme il aurait dû ». Comme si j’allais oublier la balafre sur mon ventre et dans mon coeur !

Mon allaitement a échoué à cause de la montée de lait qui tardait et ça non plus, personne n’a su me dire pourquoi. Je le referais un million de fois pour avoir mon fils dans les bras, évidement. Mais j’en veux au corps médical de nous lâcher en pleine nature. De ma propre expérience, je garde en tête le tableau d’une jeune mère avec 24 agrafes et du sang à ne plus savoir qu’en faire… et les premiers instants de la vie de notre bébé volés à tout jamais.

Marie-Emilie, 37 ans

Je suis comédienne, et je joue dans une pièce qui parle du post-partum, de dépression, des angoisses, du devenir mère, de l’accouchement et comment la façon de vivre l’événement est importante pour la suite. J’ai commencé le travail alors que je n’étais pas maman. Quand je suis tombée enceinte, j’étais donc plutôt informée. Cela ne m’a pas empêchée de vivre un post-partum quand même bouleversant. J’étais submergée. Je pense que je n’ai pas assez pris le temps de me remettre moi. On est focalisé sur le bébé, sur tout ce qu’il y a à faire pour lui et je pense que j’étais dans un tunnel, à ne pas vouloir montrer de faiblesse et à oublier qu’un accouchement c’est physique et qu’il faut aussi prendre soin de soi. Je ne montrais pas assez mes besoins et ne les écoutais pas alors que mon mec était plutôt présent.

L’intime est politique. Je ne cache plus les difficultés. J’en parle aux futures mères autour de moi. Et je milite pour un vrai congé du co-parent. Il faut être entourée. C’est un tsunami. Je n’ai plus peur de dire que cela m’a pris plusieurs semaines pour être sûre d’aimer ma fille. Avant, j’avais l’impression de ne pas avoir eu le temps de me poser la question tellement j’étais dans la « survie ».

Clotilde, 29 ans

Premier post-partum : plutôt bien vécu, bébé « sans problème » (sommeil, reflux). Ceci dit, j’ai trouvé ça dur de se conceptualiser comme la mère de quelqu’un (avec toutes les responsabilités et constructions mentales que ça implique) tout en restant « moi même » !
J’ai aussi eu l’impression de me faire « happer » par les visites, la famille et j’ai eu du mal à trouver du temps pour construire un nouvel équilibre à trois.

Le deuxième : moins d’interrogations parce que j’ai eu le temps de trouver l’équilibre entre « être maman » et « être moi même » mais RIEN ne m’avait préparé à l’épuisement physique…

Et les deux fois : j’ai trouvé cela très difficile d’accepter le nouveau corps. Tout le monde te dit « ça va revenir » mais en attendant c’est difficile de ne pas se reconnaître du tout.

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Publié par :sorocité

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