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Quelle « bad feminist » sommeille en nous ?

Se défaire de milliers d’années d’injonctions et de sexisme demande du temps. Chez Sorocité, nous avons toutes un plaisir coupable, une vilaine habitude ou une lacune qui entre en contradiction avec notre engagement féministe. Peut-être est-ce le cas pour vous aussi.

Mais finalement, peu importe si vous continuez à regarder secrètement (ou pas) Miss France ou si c’est plus fort que vous de débroussailler aisselles et guiboles à coup de rasoir, y compris en plein hiver. Car dans ce processus de déconstruction, la seule règle à suivre est sans doute celle-ci : arr-ê-tons de culpabiliser !


Je suis féministe mais… Je fais la chasse aux poils
Marguerite Nebelztein

À peu près vers 12 ans, je me suis épilée les mollets pour la première fois à la crème dépilatoire. J’ai paradé devant mes frères et sœurs en demandant : “Vous avez pas remarqué un truc qui a changé ?” Comme si s’épiler était, pour la petite grosse en mal de confiance que j’étais, le comble de la féminité. Le short des matchs de basket du samedi me terrorisait : allait-on remarquer que là, ici, oui lààà, sur le genou droit, j’avais oublié un centimètre carré de poils ? 

Plus tard, vers 16 ans, j’ai été trop fière d’avoir réussi à me faire pisser de sang les aisselles après le passage d’une débroussailleuse électrique. Je traquais le moindre poil qui aurait pu traverser mes collants. Puis vers 25 ans, j’ai commencé à m’ouvrir au féminisme. Pourtant détachée des codes traditionnels de la « féminité » , le travail de déconstruction me donne du fil à retordre lorsqu’il concerne l’épilation.

J’ai bien essayé de me convaincre que cette injonction faite aux femmes à être glabre (certain·e·s iront même jusqu’à dire « propre »), était l’antithèse de mes convictions. Parfois, j’arrive à les faire pousser, à me répéter très fort qu’il faut que je lâche prise. Je vois celles qui affichent avec courage leurs poils sur les réseaux sociaux et je me dis que c’est super. Et puis mon regard tombe sur les miens, très longs sur mes jambes. Ça me dégoûte alors, d’un coup, je rase tout. Je viens de me remettre à l’épilateur électrique, toujours pas complètement débarrassée de l’injonction à « souffrir pour être belle« .


Je suis féministe mais… Je suis nulle en histoire du féminisme
Héloïse Niord-Méry

Simone de Beauvoir, Virginia Woolf, Olympe de Gouges, les Guerrilla Girls… Je n’y connais rien. Je manque de culture historique ou politique du mouvement auquel j’appartiens. J’ai beau regarder des documentaires, acheter leurs livres… Impossible, ou presque, de retenir certains grands noms ou des dates clés. J’ai découvert Ruth Bader Ginsburg en apprenant son décès dans les médias, Gloria Steinem en regardant la série Mrs America.

Même la trame de la bande-dessinée de Pénélope Bagieu Les Culottées, que j’admire pourtant profondément, n’arrive pas à rester dans ma mémoire. En société, je me sens démunie dès que l’on parle des théories, mouvements, actions politiques. Je suis probablement plus féministe que celleux qui les maîtrisent, mais impossible de me défaire de ce sentiment d’imposture qui me colle aux semelles. Peut-on être féministe et ne pas réussir à imprimer l’histoire de celles qui se sont battues pour qu’on en soit là ?


Je suis féministe mais… Je regarde « Les Reines du shopping »
Charlotte Arce

Loin de moi l’idée de vouloir distribuer des bons points de féminisme, mais c’est vrai qu’il y a encore dix ans, j’étais un cas assez gratiné. Du genre à ne pas trop me poser de questions sur les injonctions patriarcales qui enserraient ma vie. À ne pas voir le problème dans une publicité de femme retouchée de partout pour nous vendre de la lingerie et en même temps à me trouver toujours trop petite, pas assez belle, ni assez « fit ». Depuis, je suis devenue journaliste et j’ai pris la fameuse pilule rouge du féminisme : en m’abreuvant de lectures, en écoutant la parole si précieuse des militantes, j’ai questionné mon rapport à mon corps et à la féminité. J’ai lâché beaucoup de lest.

Mais il y a bien une chose que ma lecture de Beauté Fatale de Mona Chollet ou de King Kong Théorie de Virginie Despentes n’a pas réussi à juguler : mon enthousiasme pour l’émission sur M6 « Les Reines du shopping ». Sexiste, grossophobe, mettant ridiculement en scène la « rivalité féminine »… J’ai bien conscience que l’émission brasse des stéréotypes qui me font habituellement horreur. Mais je ne peux pas m’en empêcher : dès que je tombe dessus, je me laisse happer par la frénésie d’achats des candidates (j’ai honte), ainsi que par la bonne humeur de Cristina Córdula.  
 
Peut-être qu’un jour, j’aurai suffisamment de sagesse et de cran pour zapper quand j’entendrai « Magnifaïque ma chérie ! » Mais ce que j’espère surtout, c’est que moi, comme les autres téléspectateur·ice·s, on se lassera de voir des femmes rivaliser sur leur apparence. Et qu’on les laissera parler de mode, de fringues, sans jubiler de les voir se crêper le chignon. Une future idée d’émission pour M6 ?

Je suis féministe mais… Je culpabilise quand mon mec s’occupe de notre bébé
Elsa Pereira


Dans l’imaginaire collectif, la maman c’est LE parent. Celle qui sacrifie son corps, qui donne le sein de longues heures, se lève la nuit, change les couches qui débordent. Dans l’imaginaire collectif, c’est normal qu’une maman se plie en quatre, qu’elle soit au centre de la vie de l’enfant, que ses besoins passent après, même celui de dormir.

Chez nous, c’est le papa qui se lève tous les matins. C’est lui aussi qui lit les histoires le soir avant de se coucher. Il change les couches, il lave les biberons. Il fait son job de papa. Pendant ce temps, je travaille ou je me repose. C’est normal, on est en 2021. Et pourtant, même si je devrais savourer la répartition égalitaire de notre rôle parental, je culpabilise jour et nuit. Je ne suis pas une bonne mère. Je ne fais pas assez. Les autres vont me juger.

Alors, rongée par la culpabilité, je compense en passant des heures aux fourneaux à faire des petits pots et en interdisant au sexe opposé de mixer les légumes. La cuisine, c’est tout ce qu’il me reste pour rééquilibrer ce que je juge bancal. J’ai beau savoir, on a beau me le dire dix fois, cent fois, ce schéma est ancré en moi comme au fer rouge.



Je suis féministe mais… Je dis « putain » à tout bout de champ
Léa Drouelle

On dit souvent de moi que je n’ai pas la langue dans ma poche. Et lorsqu’il s’agit d’employer un langage fleuri, là non plus je ne suis pas la dernière. Si j’ai banni depuis longtemps certains termes ouvertement sexistes de mon vocabulaire (le mot « hystérique » étant celui que j’abhorre par-dessus tout), d’autres en revanche m’échappent encore. Mais s’il y a une grossièreté que je continue de dégainer à tout-va, c’est bien « putain ». Pour exprimer mon enthousiasme, mon impatience, mon désarroi… Car oui, ce tic de langage « so frenchy » se met à toutes les sauces. 

Alors, bien sûr, il existe des alternatives plus mignonnes et (surtout moins connotées), comme « punaise » ou « purée ». Je me dis souvent que celleux qui l’utilisent sont des personnes « bien éduquées » et que cette habitude remonte au temps où leurs parents les priaient de ne pas dire de « gros mots ».

Pourtant, ma mère (féministe aussi) continue de me réprimander chaque fois que ce terme franchit mes lèvres. Pas tellement pour me reprocher mon langage de charretière, mais plutôt pour me faire remarquer que dire « putain » quand quelque chose ne va pas, c’est tout de même un peu sexiste. Et je peux difficilement la contredire. 


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