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La misandrie est-elle l’avenir du féminisme ?

Définition de misandre : mention rayée : qui éprouve du mépris, voire de la haine, pour le sexe masculin (s'oppose à misogyne.) en dessous non rayé Qui préfère célébrer ses soeurs que plaire aux hommes. (s'oppose au patriarcat)

Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites…” Cette citation issue d’une magnifique tirade n’a pas été écrite par une féministe enragée mais par Alfred de Musset. Un auteur clairvoyant dont l’autrice Pauline Harmange a emboîté le pas plus d’un siècle plus tard. “Les hommes sont paresseux, faisons sans eux“, déclare-t-elle dans un ouvrage qui a fait parler de lui en septembre. S’annoncer misandre et encourager la misandrie, est-ce faire fausse route ? Ou la misandrie est-elle au contraire une fête sororale ? 

Les féministes, de toute façon, ce sont des hystériques et des harpies. Des gouines, des moches ou des mal baisées qui veulent anéantir les hommes. Lorsque le féminisme n’était pas encore à la mode, il était d’usage d’accuser de misandrie la moindre requête anti-sexiste. C’était parce qu’on détestait les hommes qu’on réclamait l’accès aux mêmes chances. Parce que l’on voulait anéantir la masculinité que l’on refusait d’être sifflées dans la rue. Les hommes usaient de la carte “misandrie” au moindre sourcil levé, à la moindre inflexion de voix. Suspectées d’être misandres, les féministes voyaient leurs arguments disqualifiés d’entrée de jeu. C’est pourtant, aujourd’hui comme hier, tout le contraire qui se joue. “Le féminisme est détesté parce que les femmes sont détestées. L’antiféminisme est l’expression de misogynie la plus directe. C’est une défense politique de la haine des femmes”, disait la féministe radicale Andrea Dworkin. C’est la misogynie qui croit voir de la misandrie dans la colère des femmes. C’est une astuce rhétorique vieille comme le monde pour refuser d’entendre la voix de l’autre. Refuser d’entendre ce qu’elle a à dire et pourquoi elle le dit.

 Accuser une femme de misandrie, c’est vouloir la réduire au silence 

Si l’accusation pèse moins qu’il y a une dizaine d’années, elle est toujours une lourde épée de Damoclès au-dessus de la tête des  féministes qui osent critiquer les hommes. Depuis que le capitalisme existe, les femmes sont moins bien payées que les hommes. Depuis toujours elles sont victimes de leur violence. Et pourtant, c’est un ouvrage édité par une maison d’édition associative qui émeut Ralph Zurmély, chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes. Un essai féministe de 80 pages tiré à 500 exemplaires menacé de censure et finalement racheté par les éditions du Seuil et édité désormais à plus d’une dizaine de milliers de petits livres violets.  

Les femmes n’ont pas le droit de détester les hommes (Pauline Harmange, Moi, les hommes je les déteste) et encore moins le droit de déclarer qu’elles préfèrent lire des ouvrages écrits par des femmes ou regarder des films conçus par des réalisatrices (Alice Coffin, Le Génie Lesbien, éditions Grasset). Alors que depuis des décennies les hommes se serrent les coudes dans des boys club plus ou moins établis, les femmes, elles, n’ont pas le droit de déclarer préférer écouter une musicienne, pas le droit de trouver les hommes paresseux, pas le droit de le penser et pire encore de le dire. “Notre société a adapté ses fondations au confort masculin et tout discours qui l’érafle est perçu comme dangereux. Ce qui bouscule, c’est l’affirmation de femmes s’exprimant avec aplomb sans rechercher l’approbation des hommes”, analyse Rokhaya Diallo dans son article ‘La misandrie’ : une hostilité édentée.


 Se passer du regard des hommes 

Pauline Harmange et Alice Coffin ont en commun d’être des femmes qui s’expriment en assumant s’extraire du regard masculin. Et, outrage, elles ont même poussé le vice jusqu’à en faire un ouvrage vendu en librairie. En substance, elles osent finalement dire pouvoir se divertir et se cultiver sans l’aval des hommes et même sans leur participation tout court. “J’ai longtemps fait passer les hommes en premier : ils m’ont pris tout mon temps sans beaucoup me donner en retour […] Alors maintenant, je privilégie les femmes. Dans les livres que je lis, les films que je regarde…”, raconte Pauline dans son livre Moi, les hommes je les déteste. Alors que nous lisons des Proust, des Beigbeder, des Ono-dit-Biot… Seulement douze femmes ont été lauréates du Prix Goncourt et une seule, Tonie Marshall, a remporté le César de la meilleure réalisatrice. Avouez qu’il y a de quoi s’offusquer.

Entre hommes, on se fait volontiers la courte échelle, mais on refuse que des femmes s’entraident pour détruire le plafond de verre. La misandrie, c’est peut-être alors tout ce qu’il nous reste pour pouvoir sortir la tête de l’eau. “Si on devenait toutes misandres, on pourrait former une grande et belle sarabande. On se rendrait compte (et ce serait peut-être un peu douloureux au début) qu’on n’a vraiment pas besoin des hommes. On pourrait, je crois, libérer un pouvoir insoupçonné : celui, en planant très loin au-dessus du regard des hommes et des exigences masculines, de nous révéler à nous-mêmes”, poursuit Pauline Harmange. 

La misandrie, dans son refus d’un monde mené par les hommes pour les hommes, offre la possibilité d’un monde sororal où le dénominateur commun ne se conjugue pas uniquement au masculin. Elle rebat les cartes et combat la misogynie avec des armes qui ne tuent pas. Car non, la misandrie n’est pas le versant féminin de la misogynie. La haine des femmes est un système de domination en marche, ancré dans nos mœurs. Elle a tué 146 femmes en 2019 (source : Féminicides Par Compagnons ou Ex). La misandrie, même si elle bouscule, n’a jamais blessé personne.

La misandrie offusque parce qu’elle résume un trop plein, parce qu’elle déplace les pôles, elle effraie parce qu’elle appelle à une nouvelle respiration. Et on respire mieux, quand on n’est pas asphyxiée·s.

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