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Le jour où le féminisme a gagné

Image de Rosie la riveteuse, fichue à pois rose et blanc sur la tête, chemise dont elle relève la manche, le point levé en signe de force.

Des personnalités issues d’horizon divers, ainsi que nos lectrices, nous racontent le jour où elles ont eu le sentiment que le féminisme l’avait emporté. Anecdotes, parcours de vie, action qui a porté ses fruits… Huit témoignages porteurs d’espoir qui nous confortent dans la volonté de continuer ce beau et (absolument nécessaire) combat.

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Klaire fait Grr
chroniqueuse et comédienne 
Cheh ! 
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Nous somme fin 2015. La France est en pleine campagne pour les élections régionales. En région PACA, Marion Maréchal Le Pen fait un carton. Elle est même donnée en gagnante possible. Et voilà que sort un extrait de meeting dans lequel elle promet de supprimer les subventions au Planning familial si elle est élue.

À l’époque, cela m’a collé une rage sévère, j’y ai pensé toute la nuit. Au petit matin, j’ai réalisé une vidéo pour défendre le Planning, et plus largement l’accès à l’avortement. Cette vidéo a beaucoup circulé, au point d’arriver aux oreilles de gens pro-FN et anti-IVG (le combo gagnant, ding ding).

Résultat : les insultes à mon égard ont fusé : « Salope », « J’ai pas à payer pour ton avortement », « T’es trop moche pour baiser donc tu sais pas de quoi tu parles« … Et même quelques commentaires étonnant style : « Va te coiffer » ou encore « Retourne dans ton pays« . On croit le droit à l’IVG immuable en France, mais laissez-moi vous dire que ce n’est pas digéré pour tout le monde… Délicieux commentaires donc. Mais la victoire arrive, ne partez pas ! 
J’ai décidé de renverser le truc et de publier un recueil de ces commentaires insultants, vendu au profit du… planning familial. Cheh. Le nombre de préventes a vite dépassé toute prévision et heureusement la maison d’édition La Ville Brûle m’a proposé son aide gratuitement pour tout organiser. 

Résultat : on a récolté plus de 15 000 euros pour le Planning familial. Avec le matos de ces chacals. Évidemment, ce n’est pas ce qui change le fonctionnement d’une association, mais symboliquement, c’est un doigt d’honneur de qualité supérieure. Et ça, c’est une victoire qui se sirote chaque jour, au pays des « mal-coiffées ».

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Fatima Bent
vice-présidente de l’association Lallab 
Le pouvoir de soi, c’est le pouvoir du groupe
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Je me suis réconciliée avec le féminisme au point d’avoir incorporé, puisé son essence dans ma foi, ma religion : l’Islam. Être dans une posture radicale de non-négociation de notre humanité et de notre vécu. Le travail d’une vie qui commence par s’accepter tout d’abord dans sa complexité, puis qui continue en imposant ses identités, au pluriel, comme des éléments qui s’imbriquent parfaitement ensemble et à partir desquels nous bâtissons notre vie et la société en général.

Savoir que notre foi n’est pas une entrave à notre émancipation et à notre construction féministe mais une source de liberté et de réconfort pour notre survie. La rencontre avec des femmes de culture ou de foi musulmane qui contribuent à faire bouger les choses et l’addition de nos forces respectives pour bâtir une société meilleure, à un moment où je ne croyais plus à cette résistance commune, est à mon sens la plus belle victoire féministe qu’il m’ait été donnée de savourer.

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Manon Dalichoux
juriste & casseuse d’ambiance 
Enrôleuse de féministes
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J’ai une amie qui m’a dit que c’était grâce à moi qu’elle s’était intéressée aux questions sur le féminisme et qu’elle s’était donnée la peine d’aller manifester pour nos droits. Je parle en effet beaucoup de féminisme ! Je partage beaucoup de contenus et de lectures avec mes ami·e·s et à force de parler des livres que j’adore, cette amie en question a commencé à en lire un, puis un autre, etc. 

Elle s’est s’abonnée aux mêmes comptes que moi sur Instagram (d’abord ceux sur la sexualité déconnectée du prisme « un acte, une pénétration ») puis aux autres comptes qui dénoncent plus globalement les problèmes de notre société. Ensuite, elle m’a accompagnée manifester puis coller dans la rue (avec les collages féminicides). Et aujourd’hui, même si nous ne sommes pas d’accord sur tout, on discute encore et toujours : droits des femmes, égalité et combat pour le respect. Je suis encore un peu trop « radicale » pour mes ami·e·s (ce que je conteste) mais au moins ça suscite des réactions ! 

 

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Martin Winckler
auteur & médecin généraliste
Un manuel de guérilla
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Je suis un homme cis, qui passe pour blanc malgré ses origines judéo-berbères. Je suis aussi « privilégié » : j’ai pu acquérir le statut de médecin sans les brimades et injustices que mes camarades femmes ont subies pendant leurs études. En tant qu’allié solidaire, j’ai toujours mis mes compétences au service des femmes pour alléger le poids que la physiologie fait peser sur leurs épaules et combattre les maltraitances que leur infligent beaucoup de médecins.

J’ai écrit des livres pratiques et j’anime un site sur la contraception et les règles qui, on me l’a dit, rendent service. Puis j’ai écrit le roman Le Chœur des femmes (paru en 2009aux éditions P.O.L. ). Je voulais simplement transmettre ce que j’avais appris pendant mes vingt-cinq ans dans un centre de planification.

À ma grande surprise, ce roman (et sa suite, L’École des soignantes, qui décrit un hôpital régi par l’idéal féministe) a touché des centaines de milliers de femmes en France. Onze ans après sa publication, il ne se passe pas trois jours sans que des lectrices m’écrivent pour me dire qu’il les a réconciliées avec elles-mêmes et encouragées.

Écrire un roman engagé est toujours incertain. Je suis très heureux que celui-ci apparaisse, aux yeux de ses lectrices, comme un « manuel de guérilla » pour contrer les diktats et injonctions sexistes du monde médical. Ce n’est pas une victoire à proprement parler – la lutte continue ! – mais pour l’allié et le militant que je suis, c’est une source quotidienne de gratification, de joie et de fierté.

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Pénélope Montazel
passionnée de féminisme, cinéma & écologie
Aïssa Maïga et moi
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Le lundi suivant la cérémonie des Césars 2020, j’attendais dans la salle d’attente du cabinet médical d’un médecin du travail pour comédiens (je fais parfois de la figuration). Assise à côté de moi, une très belle femme, avec un turban en WAX sur les cheveux et à la voix sublime est en pleine conversation téléphonique ». Tout de suite envoûtée par son aura, je me rends compte qu’il s’agit d’Aïssa Maïga, qui avait justement tenu un discours fort et nécessaire aux Césars sur le racisme dans le cinéma français. 
Assise à côté de moi, une très belle femme, avec un turban en WAX sur les cheveux et à la voix sublime est en pleine conversation téléphonique ».

Lorsque le médecin m’appelle pour mon rendez-vous, je prends mon courage à deux mains et me dirige vers Aïssa pour lui dire : « Excusez-moi de vous déranger, je voulais juste vous dire que votre intervention aux Césars était fantastique. Merci pour votre courage et votre force, pour votre détermination et votre engagement. Vous êtes un modèle pour moi et toutes les femmes de ma génération« . Très émue, elle m’a remerciée chaleureusement. 

Quelques semaines après notre rencontre, une amie m’offre une illustration d’Aïssa Maïga en référence à cette entrevue. Toute fière, je la poste sur Instagram en taguant l’actrice. Celle-ci reposte ma photo et j’en profite pour lui dire que j’ai reçu cette illustration en référence à notre rencontre au cabinet médical, en lui demandant si elle s’en souvient. 

Elle m’a répondu en me disant qu’elle se souvenait de moi et qu’elle repensait souvent à ce que je lui avais dit, que mes mots lui avaient donné beaucoup de courage. Son message se terminait par :  « Merci, ma sœur« . Je le relis souvent, il me donne de la force, de la détermination et du courage quand j’en ai besoin et me prouve que la sororité est une source de puissance, de joie et d’amour que j’ai envie de partager avec toutes mes sœurs !

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Laura Domenge
humoriste, chroniqueuse & autrice
Planter des petites graines
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Mon mec, scénariste qui consomme énormément de séries avec un œil pro et beaucoup de distance, s’est fait cueillir par « Unbelivable », série qui retrace l’histoire d’une femme qui perd la mémoire au fur et à mesure du récit de son viol. On y voit l’horreur des procédures judiciaires, à quel point elles ne sont pas adaptées, le vide juridique qui subsiste autour des Mon mec, scénariste qui consomme énormément de séries avec un œil pro et beaucoup de distance, s’est fait cueillir par « Unbelivable », série qui retrace l’histoire d’une femme qui perd la mémoire au fur et à mesure du récit de son viol. On y voit l’horreur des procédures judiciaires, à quel point elles ne sont pas adaptées, le vide juridique qui subsiste autour des agressions sexuelles etc.

Lui et moi avions pourtant déjà échangé à ce sujet, mais dans ces moments-là, je passe souvent pour la « venère » de service !  Mais là, en regardant la série il s’est mis à pleurer en me disant : « Mais c’est atroce. C’est si injuste ! »

Je me suis dit que mon petit lavage de cerveau avait commencé à opérer ! Mais surtout, cela montre l’utilité de parler, témoigner, échanger… même si c’est parfois difficile et que ça peut sembler décourageant. On plante des petites graines qui finiront par faire germer des plantes fortes qui se doivent d’exister.

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Isabelle Dubateau*
exploratrice
La tête haute
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Je travaille dans la marine marchande, un milieu très sexiste. Pour une histoire trop bête (je me suis fait prendre à piquer de la nourriture aux gradés, parce que l’équipage mange trop mal), j’ai été convoquée à deux reprises : la première par mon chef (qui m’avait un peu draguée). Comme il a vu que je ne me laissais pas faire, j’ai été convoquée chez le commandant, avec le second commandant et mon chef. Ils m’ont défoncée et j’ai tenu tête à ces trois hommes et leurs barrettes… J’ai refusé de signer l’avertissement et je suis partie la tête haute. Mais je l’ai payé cher les jours d’après, mon chef était sur mon dos en permanence. Mais au moins je n’ai pas flanché !

*Le prénom et le nom ont été modifiés

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Élise Thiébaut
journaliste & autrice
T’as lu le deuxième sexe ? 
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Mon déclic, ça a été les commandos anti-IVG au début des années 1990. J’essayais à ce moment-là d’avoir un enfant, après plusieurs avortements que j’avais, pour des raisons diverses, plutôt mal vécus. Mais au-delà de ma situation, j’ai eu un élan de solidarité pour les femmes qui vivaient ces attaques à leur liberté de choisir, de contrôler leur propre fécondité.

Autant dire que j’ai découvert l’activisme féministe avec le vent de face. On était en plein dans la période que décrit la journaliste américaine Susan Faludi dansson célèbre essai Backlash(1991), avec un retour de bâton massif contre les acquis du féminisme des années 1970 et la tentative de faire rentrer les femmes à la maison. Mais en 1993, une loi a été votée pour l’interdiction de ces commandos anti-IVG.

Dans les moments de découragement, je pense à cette victoire, et à l’amoureux qui m’avait demandé, un jour, quand j’avais 17 ans, si j’avais lu Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est toujours mon amoureux au bout de quarante ans, après de multiples rebondissements. Mon féminisme a donc aussi un peu le goût de ce bonheur.

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