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Soro-cité·e·s : accoucher en temps de pandémie, les parents témoignent

accouchement

Accoucher représente déjà en temps normal un grand saut vers l’inconnu. Mais mettre un enfant au monde en pleine épidémie – comme cela a été le cas pour des milliers de Françaises depuis la survenue de la crise Covid-19 en France – peut s’apparenter à un véritable parcours de combattante.

Pour Soro-cité ·e ·s, des jeunes mamans (mais aussi un papa) nous confient leur expérience.

Guillemette, 33 ans 

J’ai accouché de mon premier enfant le samedi 21 mars à l’hôpital Bichat (Paris). L’équipe médicale a été super. Aux derniers rendez-vous de contrôle, les sages-femmes et les infirmièr·e·s étaient toujours de bonne humeur, rassurant·e·s. Quelques semaines avant, j’avais très peur de devoir accoucher toute seule, sans mon mari. J’avais l’impression que tout s’écroulait, que c’était finalement une mauvaise idée d’avoir un enfant dans un monde pareil…

Le jour J, l’ambiance était finalement très détendue. En dehors des masques, impossible de dire qu’on était en pleine pandémie. Mon mari a pu être là (ouf!). Les trois jours à la maternité ont été plus étranges, toutes les visites étaient interdites, le temps était comme suspendu. Globalement, les soignant·e·s n’avaient pas l’air effrayé·e·s par l’épidémie et se montraient rassurant·e·s. 

Avec ma sage-femme qui m’a préparée à l’accouchement, nous avons fait des rendez-vous en visioconférence : suivi médical épisiotomie, allaitement, poitrine avec photo par SMS… étrange d’envoyer ce genre de photo à sa sage-femme !

Le plus frustrant dans cette expérience, c’est de ne pas pouvoir présenter Ulysse à ma famille, de me dire que personne ne l’aura vu tout bébé et surtout de ne pas savoir quand ce sera possible.  

Florian, 31 ans

Notre fille (notre premier enfant) est née le 26 Mars à Lyon. Les derniers rendez-vous de suivi de grossesse ont eu lieu avant le confinement, ce n’était donc pas encore un sujet, même si on voyait bien qu’à l’hôpital, quelque chose commençait à se mettre en place.  On m’a autorisé à rester dans la salle de naissance. Pour eux·elles, ce n’était pas un sujet, c’était important que l’accompagnant·e soit présent·e pour vivre ce moment si particulier. Ils nous ont laissé ensuite 3h ensemble, puis j’ai dû repartir sans pouvoir revenir avant leur sortie. De mon point de vue, le plus compliqué n’est pas d’attendre un enfant durant la pandémie, mais d’avoir un enfant. Notre fille a plus d’un mois désormais et n’a toujours pas pu voir ses grands-parents, oncles et tantes…. Ses seuls contacts sont ses parents, la sage-femme et le pédiatre.  Nous avons hâte de pouvoir la présenter à nos familles. D’un autre côté, cela nous a permis de faire connaissance avec elle plus rapidement et de former notre nouvelle petite famille.  

« On a trouvé ça injuste que les gens puissent continuer à faire du footing, commander des sushis, mais que mon mari ne puisse pas être là au premier bain de notre fille, à sa première nuit, à tous ces premiers instants qui nous tenaient vraiment à cœur. »

Johanna, 38 ans

Je dois accoucher de mon premier enfant le 7 juin à Paris. Le contexte actuel et le suivi médical dont je bénéficie me semblent surréalistes. Cette distance imposée rend l’expérience étrange et parfois inquiétante. 

Mon obstétricien, par exemple, a attrapé le Covid-19. Il n’a eu que peu de symptômes et a pu reprendre ses consultations après une mise en quarantaine. Il me l’a expliqué en toute transparence lors d’un rendez-vous. Et même s’il a été testé négatif par la suite, j’avoue avoir eu peur sur le moment. 

Le jour J, un agent devra contrôler nos températures. S’il est asymptotique, mon conjoint pourra m’accompagner en salle de naissance, jusqu’à la naissance de notre fils. Il pourra ensuite rester deux heures avec nous, puis devra repartir.  La maternité a précisé que ces règles peuvent évoluer tous les jours. Nous n’avons engagé aucune discussion car nous nous plierons aux règles de sécurité, bien que cela nous brise le cœur.

Ce que je redoute le plus ? Que mon conjoint ou moi-même attrapions ce virus et que nous nous retrouvions séparé·e·s de notre enfant durant les premiers jours de sa vie. Nous faisons actuellement tout pour ne surtout pas “rater” sa venue au monde et ses premiers moments de vie.
 
Marie, 31 ans

L’accouchement de mon premier enfant est prévu le 9 mai à la maternité des Bluets (Paris). Honnêtement, sans ma sage-femme et le suivi hebdomadaire avec la gynécologue de la maternité, je ne sais pas comment je me sentirais…

Quand le virus est arrivé, on a vraiment eu la sensation qu’on nous volait ce moment si unique. Et jamais on ne pourra le retrouver.  Pour le moment, on m’a assuré que mon conjoint pourrait être avec moi en salle de naissance, avec interdiction d’en sortir. Mais après, le papa devra partir. Nous le retrouverons à la sortie de la maternité. Quand nous avons appris qu’il allait devoir partir deux heures après l’accouchement, cela a été très dur.

On a trouvé ça injuste que les gens puissent continuer à faire du footing, commander des sushis, mais que mon mari ne puisse pas être là au premier bain de notre fille, à sa première nuit, à tous ces premiers instants qui nous tenaient vraiment à cœur… Mais au bout d’un moment, on finit par faire son deuil. On se dit qu’on se rattrapera quand on sera réuni·e·s à la maison. Et au moins, on ne sera pas emmerdé·e·s par les multiples visites des proches ! [rires]

« Isoler les femmes qui viennent d’accoucher de leurs proches est risqué : c’est un moment où on a besoin d’être entourée, rassurée. »

Rachel, 34 ans

« J’ai accouché à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis le 3 avril. Comme dans toutes les maternités, un protocole spécifique a été mis en place en raison de la situation sanitaire.

Le jour J, c’était déstabilisant mais à ce moment-là j’étais surtout concentrée sur mes contractions – sensations physiques incroyablement puissantes. C’est un agent de sécurité qui m’a accompagnée et a porté ma valise jusqu’aux urgences maternité. Finalement, la sage-femme qui m’a accueillie a rapidement laissé entrer le papa et il a pu me rejoindre dès la salle de travail. Grâce à elle, nous avons pu vivre ce moment ensemble.

Nous aurions pu sortir le lendemain de l’accouchement, mais mon fils a eu une infection materno-fœtale [infection d’origine bactérienne transmise par la mère], on nous a donc gardé·e·s à l’hôpital le temps de le soigner. Une sorte de confinement dans le confinement qui a duré 8 jours.

Le 5e jour, comme on ne savait pas quand nous allions pouvoir sortir, l’équipe nous a finalement accordé un droit de visite exceptionnel pour le papa. C’est un bouleversement énorme, très vertigineux. Vu notre situation d’isolement prolongé, j’avais du mal à accepter qu’on interdise au père de mon fils de nous rendre visite.

Les équipes – sages-femmes, docteur·esse·s, infirmiè·re·s puériculteur·ice·s, aides-soignant·e·s, en majorité des femmes – ont été formidables.

Isoler les femmes qui viennent d’accoucher de leurs proches est risqué : c’est un moment où on a besoin d’être entourée, rassurée. Heureusement, bien qu’étant seule avec mon bébé dans ma chambre, le père de mon fils, nos familles et nos ami·e·s m’ont beaucoup soutenue à distance en m’appelant, en m’envoyant des messages, des vidéos…

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